Un bassin peu profond
Le premier étonnement, quand on s'approche d'un bassin de spiruline, c'est son peu de profondeur. On s'attend à une cuve, on trouve une sorte de grande flaque bien dessinée : 15 à 20 cm d'eau, parfois jusqu'à 30, guère plus. La raison tient en un mot : la lumière. La spiruline fait la photosynthèse, et chaque filament doit pouvoir remonter régulièrement vers la surface éclairée. Dans une eau profonde, la culture du fond resterait dans l'ombre et végéterait.
Cette faible hauteur d'eau a une conséquence que l'on sent du bout des doigts : l'eau se réchauffe vite au soleil et se refroidit vite la nuit. Un bassin réagit au temps qu'il fait presque heure par heure, ce qui explique tout le soin porté à son abri, dont il sera question plus bas.

Bâche, piste et roue à aubes
La plupart des bassins artisanaux sont bâchés : une bâche épaisse, posée sur un fond bien aplani, retient l'eau et se nettoie facilement. Les bords sont souvent maçonnés ou faits de bois, assez hauts pour empêcher la terre et les feuilles d'y glisser.
Deux formes reviennent. La première est la piste, que l'on appelle aussi « raceway » : un long anneau ovale, séparé au milieu par une cloison, dans lequel une roue à aubes pousse l'eau en circuit fermé. La seconde est le petit bassin rectangulaire, plus simple, que l'on brasse à la pompe ou tout bonnement à la main, avec une planche ou un balai doux. Les deux fonctionnent ; la piste demande plus de matériel, le petit bassin plus de présence.
Le milieu de culture
La spiruline ne pousse pas dans l'eau du robinet telle quelle. Elle vit naturellement dans des lacs chauds, salés et très alcalins, comme le lac Tchad ou certains lacs de la vallée du Grand Rift. Le milieu de culture cherche à reproduire ces conditions, à petite échelle et sous contrôle.
On part d'une eau propre, idéalement potable. On y dissout du bicarbonate de sodium, de l'ordre de quelques grammes à une dizaine de grammes par litre selon les recettes, puis un peu de sel. Viennent ensuite une source d'azote (nitrate ou urée, là encore selon les recettes), du phosphore, du fer et quelques autres éléments en petite quantité. On remue longuement, jusqu'à ce que l'eau redevienne limpide.
Le milieu n'est pas préparé une fois pour toutes. À chaque récolte, une partie des éléments part avec la pâte ; on les complète au fil des semaines, en suivant ce que disent les mesures.
- Eau propre, idéalement potable
- Bicarbonate de sodium et un peu de sel
- Azote, phosphore, fer et quelques autres éléments
- Mesures régulières du pH et de la salinité
Le pH, une barrière naturelle
Avec tout ce bicarbonate, l'eau devient très alcaline : son pH tourne autour de 9,5 à 10,5. Peu d'organismes supportent un tel milieu, et c'est précisément ce qui protège la culture. La plupart des intrus venus de l'air ou du sol y trouvent des conditions qui ne leur conviennent pas.
Protégé ne veut pas dire stérile, pour autant. Un milieu alcalin limite les indésirables, il ne les supprime pas, d'où l'importance de l'eau de départ et de la propreté des intrants. Le pH se mesure avec des bandelettes ou un pH-mètre, la salinité avec un densimètre ou un réfractomètre. Ces chiffres, notés dans un carnet, racontent l'histoire du bassin mieux que n'importe quel souvenir.

Brasser, encore et encore
Une culture laissée immobile se défait vite. Les filaments se tassent, remontent en surface et forment une pellicule qui chauffe au soleil pendant que le fond reste dans l'ombre. Le brassage remet tout en mouvement : chaque filament passe à son tour dans la lumière, la température s'égalise, et les éléments dissous restent bien répartis.
Avec une roue à aubes, le mouvement est continu ou réglé par périodes. Dans un petit bassin, on brasse plusieurs fois dans la journée, en longs gestes lents, sans fouetter l'eau. On apprend vite à reconnaître une culture bien brassée : la couleur est uniforme d'un bord à l'autre, sans traînées ni plaques plus sombres.
Un abri contre la pluie et le soleil
L'eau idéale pour la spiruline se situe entre 30 et 37 °C. Sous 20 °C, la croissance ralentit nettement ; au-delà de 38 à 40 °C, la culture souffre. Entre ces deux bornes, le climat de l'île joue avec le bassin : grosses pluies qui diluent et refroidissent l'eau, nuits fraîches de l'hiver austral, soleil brûlant de la saison chaude.
D'où la serre, qui garde la chaleur et protège de la pluie, et l'ombrière, que l'on tire en pleine chaleur pour ombrer et aérer. Selon que le bassin se trouve sur la côte ouest, plus sèche et plus ensoleillée, ou dans les Hauts, plus frais, l'équilibre entre les deux change beaucoup. La page sur le climat, les pluies et l'ombrage détaille ces différences, y compris ce que l'on fait lorsqu'un cyclone approche.
Ce que dit la nuance vert d'eau
Un milieu neuf, prêt mais encore vide, a cette couleur à peine teintée, presque transparente, que le nuancier appelle vert d'eau. Il n'y a rien à récolter, rien à goûter : seulement une eau tiède, alcaline, qui attend sa souche. Le moment où l'on y verse la culture-mère est raconté dans la page démarrer une culture à partir d'une souche. Ensuite, semaine après semaine, la teinte fonce jusqu'à ce que vienne le temps de la récolte sur toile.