Deux saisons, un même bassin
Le climat de La Réunion est tropical et humide, et il se partage en deux grandes saisons. La saison chaude et pluvieuse, l'été austral, court à peu près de novembre à avril. La saison fraîche et plus sèche, l'hiver austral, va environ de mai à octobre. Pour qui passe du temps au bord d'un bassin, cette alternance se lit d'abord dans l'eau : sa température, sa transparence, puis sa couleur.
La spiruline aime une eau entre 30 et 37 °C. En saison chaude, ces températures sont faciles à atteindre, et le bassin peut prendre en quelques jours ce vert profond, presque bleuté, qui annonce une récolte. En hiver austral, l'eau se refroidit la nuit et met plus longtemps à remonter le matin. Sous 20 °C, la croissance ralentit nettement : le vert reste plus clair, plus laiteux, et le disque blanc que l'on plonge dans l'eau, présenté sur le nuancier de l'accueil, reste visible plus profond.
Au vent, sous le vent
Les alizés soufflent de l'est et du sud-est. Ils poussent les nuages contre le relief, si bien que la côte est, dite « au vent », reçoit beaucoup de pluie. L'ouest, « sous le vent », est plus sec et plus ensoleillé. Entre les deux, les différences se voient à l'œil nu : végétation dense d'un côté, savanes et pentes plus sèches de l'autre.

Pour un bassin, ces deux façades ne posent pas les mêmes questions. Sous le vent, la lumière est généreuse et l'eau chauffe vite : le souci devient l'excès, une culture jeune brûlée par un soleil brutal ou une eau qui dépasse 38 à 40 °C en début d'après-midi. Au vent, ce sont les averses répétées et les ciels couverts qui freinent tout. Le même geste, couvrir, sert donc tantôt à garder la chaleur, tantôt à tenir la pluie dehors.
Les Hauts et les nuits fraîches
Plus on monte, plus il fait frais. Les Hauts, les cirques et les pentes du volcan, le Piton de la Fournaise, connaissent des nuits nettement plus froides que le littoral, surtout en hiver austral. Un bassin installé en altitude doit compter avec une eau qui se refroidit chaque nuit et un soleil souvent voilé par les nuages de l'après-midi.

Dans ces conditions, la culture garde longtemps un vert tendre, un peu pâle. Ce n'est pas forcément un mauvais signe : elle avance lentement, c'est tout. Les relevés quotidiens, ceux que l'on prend dès les premières semaines d'un ensemencement, permettent de faire la différence entre une culture ralentie par le froid et une culture qui jaunit parce que son milieu s'épuise.
La saison des pluies au bord de l'eau
L'île connaît des épisodes de pluies exceptionnels, concentrés sur quelques jours. Une grosse averse sur un bassin découvert a deux effets immédiats : elle dilue la culture et elle la refroidit. Le vert s'éclaircit d'un coup, le disque replonge plus profond, et le milieu perd une partie de sa concentration en bicarbonate et en sel. Après la pluie, on mesure de nouveau le pH et la salinité, et on corrige si besoin le milieu de culture.
Plusieurs jours de ciel couvert produisent un effet plus discret mais réel : faute de lumière, la photosynthèse tourne au ralenti. La couleur stagne, la récolte attend. Le tableau ci-dessous résume ce que l'on observe le plus souvent.
| Saison | Eau du bassin | Geste |
|---|---|---|
| Saison chaude, soleil | Chaude, vert profond qui fonce vite | Ombrer aux heures fortes, récolter tôt |
| Saison chaude, averses | Diluée, refroidie, vert éclairci | Couvrir, mesurer pH et salinité |
| Hiver austral | Fraîche la nuit, vert plus pâle | Garder la serre fermée, récolter moins |
| Ciel couvert durable | Couleur qui stagne | Patienter, surveiller l'odeur |
Cyclones : couvrir, arrimer, récolter
La saison cyclonique couvre l'été austral, avec un risque maximal de janvier à mars. La vigilance passe par les bulletins de Météo-France La Réunion, qui annoncent l'approche d'un système et les niveaux d'alerte. Pour un bassin, un cyclone cumule tout ce qui fait souffrir une culture : pluie massive, vent capable d'arracher une bâche, ciel noir pendant plusieurs jours.
Les gestes se préparent donc avant. On couvre le bassin, on arrime ce qui peut s'envoler, on vérifie les fixations de la serre. Beaucoup choisissent aussi de récolter davantage dans les jours qui précèdent : une culture un peu plus diluée supportera mieux l'attente, et la pâte récoltée, filtrée puis pressée comme décrit dans la page récolte et filtration, est déjà à l'abri.

Serre et ombrière
La serre est la réponse la plus courante au climat réunionnais. Elle garde la chaleur pendant les nuits fraîches, elle tient la pluie à l'écart et elle limite les poussières. Sous une serre, le vert du bassin varie moins brutalement d'un jour à l'autre, d'où le nom de cette nuance : un vert stable, régulier, qui avance sans à-coups.
Mais une serre fermée en pleine saison chaude peut vite devenir une étuve. On installe alors une ombrière, un filet qui coupe une partie du rayonnement, et on ouvre les côtés pour aérer. L'idée est simple : garder l'eau dans sa zone de confort, autour de 30 à 37 °C, sans la laisser grimper vers les 40 °C. Une culture jeune, encore claire, a particulièrement besoin de cette protection, car elle se défend mal contre un soleil trop fort.
Un bassin ne se règle pas une fois pour toutes : il se réajuste à chaque saison, parfois à chaque averse.
Avec le temps, l'œil apprend à lire ces variations. Un vert qui pâlit après une nuit fraîche n'inquiète plus ; un vert qui jaunit en pleine chaleur, avec une odeur qui change, appelle en revanche une vraie attention. Le climat fixe le cadre, la serre et l'ombrière l'adoucissent, et la couleur du bassin dit chaque matin comment la culture a vécu la nuit.