La souche, point de départ
On n'ensemence pas un bassin avec de la poudre achetée en sachet : la spiruline séchée ne repartira pas. Il faut une souche, c'est-à-dire une culture-mère vivante et concentrée, le plus souvent prélevée dans un bassin qui tourne déjà bien. Elle arrive en bouteille ou en bidon, d'un vert profond, avec cette odeur douce, presque marine, des cultures en bon état.
Au microscope, une bonne souche montre des filaments en spirale bien réguliers, les trichomes du genre Arthrospira. Chacun mesure environ un dixième à un demi-millimètre : invisibles un par un à l'œil nu, ils colorent l'eau dès qu'ils sont nombreux. Des spirales nettes, sans débris ni autres formes mêlées, voilà ce que l'on cherche avant de verser quoi que ce soit.
Commencer petit
Verser une souche directement dans un grand bassin plein reviendrait à la diluer au point de la rendre presque invisible. Une culture trop claire se protège mal du soleil et peine à démarrer. On commence donc dans un petit volume : un bac, une cuve, ou une partie du bassin isolée, avec un milieu préparé exactement comme pour le grand bassin.
La préparation de ce milieu (eau propre, bicarbonate, sel, azote, phosphore, fer) est décrite à part, dans la page consacrée au milieu de culture. Ce qui compte ici, c'est la proportion : assez de souche pour que l'eau prenne aussitôt une teinte vert pâle, franche et régulière.

Monter en volume
Les premiers jours sont pâles, et c'est normal. Puis, à mesure que les filaments se multiplient, la couleur fonce. C'est le signal pour diluer : on ajoute du milieu neuf, la teinte s'éclaircit, puis elle fonce de nouveau. On répète ce va-et-vient jusqu'à remplir le bassin.
- Démarrer dans un petit volume, avec assez de souche pour colorer l'eau en vert pâle.
- Attendre que la couleur fonce, en brassant plusieurs fois dans la journée.
- Diluer avec du milieu neuf préparé à l'avance, progressivement, sans brusquer la culture.
- Recommencer dès que la teinte est revenue, jusqu'à atteindre la hauteur d'eau voulue.
- Noter chaque ajout dans un carnet, avec la transparence mesurée ce jour-là.
Ombrer au départ
Une lumière forte convient à une culture dense. Une culture jeune et diluée, elle, se protège mal d'un soleil brutal : trop de lumière d'un coup peut la faire pâlir, voire jaunir. Pendant les premiers jours, on tend donc une ombrière au-dessus du bac, quitte à la retirer peu à peu à mesure que l'eau fonce.
La température compte autant. L'idéal se situe entre 30 et 37 °C ; sous 20 °C, la croissance ralentit nettement, et une eau qui plafonne autour de 25 °C avance, mais lentement. Dans les Hauts ou pendant les nuits fraîches de l'hiver austral, un démarrage sous serre évite bien des déceptions. La page sur les deux saisons de l'île et leurs pluies en dit davantage.
Les premières semaines
Il faut compter quelques semaines avant la première récolte partielle. C'est le temps qu'il faut au bassin pour atteindre sa hauteur d'eau et une densité suffisante. Pendant cette période, la tentation est grande de prélever un peu de cette belle eau verte ; mieux vaut s'en abstenir et laisser la culture prendre de l'avance.
Ensuite, le rythme change. En bonne saison, les récoltes deviennent fréquentes, parfois presque quotidiennes. Mais on ne vide jamais le bassin : on prélève une fraction, et ce qui reste repart aussitôt. Le détail de cette étape est raconté sur la page quand et comment récolter.
Les relevés quotidiens
Une culture qui démarre se lit chaque jour, à la même heure si possible, de préférence le matin. Quelques gestes suffisent, et le carnet se remplit vite.
Le premier outil est le disque de Secchi : un petit disque blanc au bout d'une règle graduée. On l'enfonce lentement et l'on note la profondeur à laquelle il disparaît. Visible jusqu'à une dizaine de centimètres, la culture est jeune ; vers 5 cm, elle monte ; vers 3 cm, elle atteint une bonne densité de récolte ; sous 2 cm, elle est trop dense et il faut récolter.
Viennent ensuite le pH, mesuré à la bandelette ou au pH-mètre, et la température de l'eau, relevée au même endroit chaque fois. De temps en temps, une goutte sous le microscope permet de vérifier que les spirales restent bien formées.

Reste l'odeur, que l'on oublie souvent de noter. Une culture en bon état sent doux, presque marin. Une odeur forte ou putride est une alerte. Une couleur jaunâtre signale un milieu épuisé ou un manque d'azote ; de la mousse ou des grumeaux méritent d'être surveillés de près, sur plusieurs jours.
Le vert tendre
C'est la teinte de ces semaines-là : un vert léger, encore translucide, qui gagne en profondeur jour après jour. On le compare au disque blanc, on le compare à la veille, et l'on finit par sentir sans mesurer qu'un bassin a pris de l'avance ou marque le pas. Ce regard-là ne s'apprend que sur place, carnet en main.